La Russie : un fournisseur de gaz naturel incontournable

La demande croissante en énergie primaire de l’Union Européenne et les récentes frictions entre la Russie et l’Ukraine (crises gazières en 2006 et 2009) montrent l’importance de la sécurité des approvisionnements européens. Cette problématique est devenue une véritable priorité pour les institutions européennes et nationales et est devenue l’un des principaux piliers de la politique énergétique européenne. L’UE consomme en effet 17.6 % du gaz naturel mondial alors qu’elle ne détient que 2.2 % des réserves prouvées et devrait faire face à l’augmentation de la demande en gaz naturel de la part des pays émergents et de la Chine. On comprend donc aisément l’importance de la réflexion sur la sécurité des approvisionnements européens, qui comporte des dimensions politiques, techniques, sociales et environnementales.

Aujourd’hui, 25% de la consommation européenne de gaz naturel proviennent de la Russie, devant la Norvège, l’Algérie et le Qatar. L’Union Européenne ne peut donc se passer de cet interlocuteur de premier rang. Actuellement, plusieurs grands projets de construction de nouvelles infrastructures sont en développement. Ces nouveaux ouvrages devraient permettre à l’Europe de diversifier ses sources d’approvisionnement et de mieux maitriser ses relations commerciales avec la Russie.

La Russie : un géant gazier incontestable

La Russie est des plus gros producteurs de gaz naturel au monde et compte pour 23,9% des réserves prouvées de gaz naturel, soit 44,8 Tm³ en 2010. Alors que la plupart des pays européens sont en situation de dépendance énergétique, la Russie a consommé 4 157 TWH pour une production annuelle de 5 912 TWh en 2010. La Russie détient également une grande partie des infrastructures de transport qui permettent l’arrivée du gaz naturel jusqu’à l’Europe. Sa situation géographique, ses réserves en fortes croissance ainsi que ses nombreuses infrastructures sont d’autant de facteurs favorisant les exportations de gaz naturel Russe vers l’Union Européenne.

Les situations sont variées au sein de l’UE, tous les pays n’étant pas aussi dépendants vis-à-vis de la Russie en termes d’approvisionnement. En effet, la France a diversifié ses approvisionnements en ne privilégiant aucun pays fournisseur et en développant sa filière GNL alors que son voisin l’Allemagne importe 43% de sa consommation depuis la Russie. Les pays de l’ex-URSS quant à eux, en raison de leurs liens historiques forts avec la Russie, sont dépendants à plus de 86% en moyenne de cette dernière pour leur consommation de gaz naturel.

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La dépendance de l’Europe envers la Russie s’est particulièrement cristallisée lors de la crise Russo-ukrainienne de janvier 2009, au cours de laquelle Moscou avait interrompu ses livraisons de gaz naturel à la frontière Ukrainienne. Compte tenu que 80% des importations Européenne en provenance de Russie transitait par l’Ukraine, l’ensemble des pays européens s’est trouvé affecté par cette crise économique et politique majeure.

Plusieurs facteurs pourraient faire évoluer la relation qui lie l’Europe à la Russie en matière de fourniture de gaz : la solvabilité et l’attractivité du marché intérieur russe, la maîtrise du développement des champs gaziers, la stabilité et le développement de la société Gazprom, détenue à 51% par l’Etat Russe et qui gère 87% de la production de gaz naturel en Russie, la pérennisation des contrats long terme qui représentent une grande majorité des échanges commerciaux entre l’Europe et la Russie et le contrôle des voies d’accès au marché européen via la construction de nouveaux gazoducs par exemple.

L’acheminement du gaz naturel au cœur de la sécurisation des approvisionnements européens

Trois grands projets d’infrastructure sont en cours de construction ou de négociation. Ils devraient contribuer à la sécurité d’approvisionnement de l’Union Européenne . Plusieurs grands énergéticiens européens ont pris part à ces projets afin de maitriser au mieux leur stratégie d’approvisionnement, le plus en amont possible.

Nord Stream est le plus grand projet de gazoduc sous-marin mondial et reliera la Russie à l’Allemagne sans passer par l’Ukraine et la Biélorussie. Ce projet permettra d’acheminer 55 milliards de m³ de la Russie vers Lubmin, en Allemagne, pour un investissement de 7,4 milliards d’Euros. La Russie, qui souhaite rester maître de ses échanges de gaz avec l’Europe, est le principal actionnaire du consortium Nord Stream AG en charge du projet via Gazprom (51%). Wintershall, E.ON, Gasunie et GDF SUEZ sont également parties prenantes de ce gazoduc, dont un tronçon a officiellement été inauguré le 8 novembre 2011.

D’autres projets de gazoducs sont en cours de développement, actuellement à des stades moins avancés que le projet Nord Stream : il s’agit du projet Nabucco reliant la Turquie à l’Autriche et le projet South Stream qui permettra l’acheminement du gaz Russe vers la Bulgarie, l’Autriche puis l’Italie via la Mer Noire, en complément voire en substitution à la voie Ukrainienne.

Nabucco est un projet porté par l’Union Européenne et les Etats-Unis, dont la mise en service est attendue pour 2017. Cet ouvrage devrait permettre à l’Europe de réduire sa dépendance énergétique envers la Russie et de développer à terme la part d’autres pays fournisseurs tels que l’Azerbaïdjan, l’Iran et l’Irak. Cette alternative au gaz Russe représenterait 31 milliards de m³ pour un investissement estimé à 12 milliard d’Euros. Le projet de gazoduc South Stream, financé quant à lui par les entreprises privées Gazprom (50%), Eni (20%), Wintershall (15%), et EDF (15%), disposera d’une capacité de 63 milliards de m³ pour un coût global de plus de 20 milliards d’Euros.

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L’Agence Internationale de l’Energie estime que la Russie représentera 30% des importations européennes en 2020 en raison notamment de la croissance de ses réserves prouvées, de ses capacités de production et des infrastructures de transport. Le géant gazier restera donc un fournisseur majeur de l’Europe que les décisionnaires européens devront définitivement inclure dans leur stratégie énergétique.